Détail et apparence. Regard discret, je lève la tête et m’arrête. Devant moi, le lac, bleu, gris, changeant. Je l’observe. Tel un chêne pluri-centenaire, il est enraciné là. Dans une vallée jadis gelée, il se pose comme une marque de sérénité. Le vent souffle, lui insufflant une légère vie. L’eau se meut, doucement. Elle crée de nouvelles teintes, de nouveaux gris, de nouveaux bleus. Tout autour, la vie de l’homme le marque de son empreinte.

Des villes et des maisons, des vignes créent l’illusion d’une union. A intervalles réguliers, des ports, traits d’union entre la terre et l’eau, ils protègent les bateaux en laissant leurs mâts apparaître. Les bateaux lient l’eau, l’homme, le vent, la vie. Je regarde le lac, il m’appelle. Je le rejoins de plus en plus souvent, j’y retourne et m’y sens bien. Il me donne des envies d’ailleurs, d’aller rencontrer ses cousins. Sentir les embruns, ressentir ce frisson que le vent provoque lorsqu’il vous chuchote le sens de la vie. Sentir l’eau vous épouser, vous contenir et vous soutenir. Être en symbiose avec l’élément, l’accepter et l’accueillir, le respecter et l’aimer pour qui il est. Ne pas le retenir mais s’abandonner à lui.

L’eau m’attire, le vent me surprend. Par respect, je vais l’apprendre, le connaître afin de mieux approcher le lac. Au fond, les montagnes, sombres, majestueuses, solides. Quelques pans manquants me rappellent que quelque soit notre force, notre volonté, il est parfois des événements qui marquent, des moments particuliers. La montagne n’y fait pas exception. Mais elle reste là, poser sur son socle. Elle avance de son immobilité, se transforme de sa patience. Elle prend le temps et le modèle. Je la vois plonger dans l’eau et l’imagine poursuivre sa route sous la surface lisse du lac. Elle descend au gré du relief. Elle s’imprègne du lac comme il s’adapte à sa pente.

Deux éléments liés, chacun avec son histoire, chacun avec ses marques, mais s’épousant et se modelant dans le respect. Au final, qui se modifie, bien difficile à dire. Au final, tout se transforme, rien de reste. Le passé n’est plus, le présent est le seul point d’ancrage. La nature le vit à chaque instant, se façonne, se transforme, sans savoir ce qu’elle deviendra. Elle vit de l’instant.

Vol d’oiseaux sur le lac léman

Trois éléments, la montagne, l’eau et le vent qui me parlent. Ils résument bien cette nature si magnifique. Tantôt statique, tantôt en mouvement, elle combine pour devenir, elle est pour un instant.

Le projet Above & Below avance, je vous en parlerai prochainement. Le but du projet est de plonger dans la beauté du monde. Mais il me fallait une porte d’entrée, les lacs me vinrent à l’esprit. L’eau et son entourage, dessous, sur et dessus m’ont apporté cette ouverture. Il me fallait un passage, un étroit chemin entre la porte et le projet. Un chemin de montagne, fin, escarpé. Un délicat équilibre entre le vent et le voilier. Un moment de suspension, flottant entre deux eaux. Ce passage, je crois que je l’ai trouvé cette semaine.

En observant, flottant sur l’eau, laissant aller mes idées. Elles virevoltaient autour de moi, partaient, revenaient. Certaines me plaisaient, d’autres m’agaçaient, beaucoup disparaissaient. Une constante restait néanmoins, quelle chance de les avoirs à mes côtés, de pouvoir les imaginer, de leurs laisser la place. Et quelle chance de voir la vie autour de moi. Ni simple, ni facile, ni parfaite ou imparfaite, la vie, la beauté de la nature. La révélation d’un instant qui ouvre une autre perspective. Parfois, je m’étonne à regarder une plante, un nuage, un pont. De regarder avec tendresse une veille dame qui marche tout doucement, pour constater que son vieux chien à de la peine à la suivre, malgré le rythme déjà doux. Mais qu’il suit car c’est là qu’il doit être.

A ce moment précis, je m’émerveille devant tous ces tableaux. Je trouve au fond de moi cette envie pour la vie, cette envie de construire. Chaque difficulté, chaque coup du sort, chaque erreur, est une pierre. Et cette pierre peut servir à construire un mur ou un édifice, à pouvoir s’y enfermer ou à s’élever, à construire un escalier vers la cave ou vers le toit. J’ai pris le parti de construire. Je ne réaliserai peut-être pas tout, je ne réaliserai peut-être rien, mais j’aurai vécu. J’aurai tenté de regarder chaque jour avec émerveillement.

Ce projet, je le veux comme un témoignage de mon émerveillement pour le monde. Mon émerveillement pour la nature, les événements, le courage des gens, la force du pardon, la puissance de l’amour et la puissance créative des erreurs.

Ce projet veut plonger dans la beauté du monde et en sortir émerveillé.

Soyez de ce voyage avec moi.