Alice m’a raconté une expérience qui lui est arrivée dernièrement. C’était un dimanche matin. Elle lisait le journal en prenant un café dans un établissement près de chez elle. Elle y va régulièrement et le dimanche, elle y croise toujours un peu les mêmes personnes. Il y a notamment un jeune homme, entre 25 et 30 ans, habillé d’un training. Il porte presque toujours des lunettes de soleil, ajoute-t-elle. Un détail la frappe en réfléchissant à la lueur des derniers événements, il mange son croissant, à moins que ce soit un pain au chocolat, sur la terrasse, quelque soit le temps.
Ce matin-là, ce n’est pas le gérant de l’établissement mais une nouvelle vendeuse qui s’occupe du service. Probablement moins habituée aux visites régulières du jeune homme, elle lui répond un peu fort que « malheureusement les invendus de la vieille ont été déjà distribués à une association ». Le jeune homme la remercie et prend le chemin de la sortie. A ce moment, tout le monde comprend qu’il vient simplement voir s’il y a quelque chose à manger.

La serveuse se tourne alors vers la personne suivante qui attend d’être servie. Avant de commander, cette personne accoste le jeune homme. Il lui dit « mon garçon, qu’est-ce qui te ferait plaisir, un pain au chocolat ? ». Le jeune homme lui répond doucement volontiers. Le client lui commande un pain au chocolat, le lui tend et lui souhaite une bonne journée. Le jeune homme le remercie et part. Un geste spontané d’une grande gentillesse fait naturellement.

Alice se met à réfléchir. Il y avait 6 personnes dans le café, une seule a agi alors que la majorité avait compris la situation. La question est dès lors de savoir pourquoi cette personne est intervenue. L’empathie est probablement une raison essentielle. En disant « mon garçon », il a fait preuve de respect et d’une certaine intimité qui évite le jugement de valeur ou la condescendance. En restant simple et directe, il n’en a pas fait un événement majeur évitant ainsi de mettre le jeune homme dans l’embarras. Mais il lui a aussi fallu un certain courage pour agir. Le courage de proposer son aide à un inconnu.

L’empathie ne va pas sans le courage. Agir demande de prendre un risque, de sortir de sa zone de confort, de partir dans l’inconnu. L’empathie permet de ressentir mais sans le courage, elle se transforme en tristesse. En y additionnant le courage, elle devient un cadeau.
Alice range son journal, paie son café et se lève en se posant cette question: La générosité vaut-elle pas mieux que la tristesse, même si elle demande un peu de courage?