Hier j’ai parlé à Alice et c’était un peu émotionnel. Elle m’a raconté l’histoire d’une de ses connaissances.

Elle l’a rencontrée lors d’un événement sportif il y a quelques semaines. Elle ne l’avait pas vu depuis plusieurs années. A la fin de la rencontre, elle se rend compte qu’il s’occupe de l’autre équipe. Elle décide donc d’aller vers lui le saluer. Ils se sont « connus » dans le cadre sportif il y a de nombreuses années, sans vraiment se connaître et par la suite dans un cadre plus professionnel de prestataire à client. Elle ne s’attendait donc pas à le voir là et lui dit bonjour plutôt par politesse. Du coup ni elle, ni lui, ne connaissent véritablement leur vie respective. Ils commencent par parler du match et comment chaque équipe a joué. Puisqu’ils ne se côtoient plus professionnellement, ils décident de se tutoyer. Puis vient la question « Et sinon, comment va la vie? » qu’Alice pose innocemment. Son ami de répondre, un peu ému mais très digne, qu’après avoir perdu son épouse il y a plusieurs années, il avait perdu son plus jeune fils il y a un peu plus d’un an. Quel drame. Alice est à la fois gêné et très triste. Il continue à parler de ceci très simplement, à quel point cela l’avait anéanti, qu’après cela et malgré le fait d’avoir deux grands enfants, il ne voyait plus très bien la raison d’avancer. Alice trouve ça très beau. Cette simplicité et cette honnêteté sont non seulement touchantes mais également pleine de chaleur. Il parle de ce qui lui arrive, sans feindre que ça va, mais sans en faire un drame exubérant. Il reste pudique dans sa douleur. Il parle du fait qu’il a continué à avancer de manière presque automatique, sans vraiment savoir comment et pourquoi, mais la vie a tenu bon. Elle s’est agrippée à lui et a gagné. Ils sont restés compagnons de voyage. Bien que très difficile, ce moment de la vie lui a montré à quel point, l’être humain est armé pour ce genre d’événement. Que nous avons des ressources infinies en nous pour faire face et qu’il faut simplement se faire confiance. Il n’avait pas de recette à donner, ni de conseil. Il ne faisait que raconter son histoire sans prétendre à quoique ce soit.

Puis, il s’est tourné vers Alice et lui a demandé comment elle, allait. Qu’Alice pouvait-elle répondre? Comment reprendre la discussion après une telle nouvelle? Y avait-t-il vraiment moyen de répondre quelque chose? La question était posée avec un intérêt sincère de la part de son ami. Elle se sentie assez à l’aise pour répondre. Alice a vécu des moments difficiles également durant cette période, mais rien à comparer à la perte d’un enfant. Néanmoins, son ami l’écouta avec attention et compassion. Il ne mettait pas un classement à la douleur, aux difficultés. Pour lui, quelque soit la difficulté et la douleur, c’est une épreuve pour la personne qui la vit. Il croit que toutes les douleurs dépendent de la personne qui la vit et de son parcours de vie. Il ne faut pas minimiser la douleur des autres mêmes si elle ne semble rien en comparaison de la sienne.

En écoutant cela, j’ai pensé à ma vie et à celle des gens que je connais.

J’ai pensé aux expériences de vie de chacun et à la façon de vivre ses épreuves et ses difficultés. J’ai trouvé infiniment beau mais également très juste sa façon de voir les choses. Chacun vit des épreuves et pour chacun cela peut être une montagne ou une colline, mais il faut respecter la perspective de chacun. Il est bien clair, que certaines peines sont infiniment plus douloureuses mais ce qu’il voulait dire était plutôt l’inverse. Ne pas minimiser les peines que nous pourrions estimer moins importantes car nous n’avons aucune idée de la façon dont la personne voit cette épreuve.

C’est pourquoi il écoute et respecte les souffrances des autres.

Il m’a également appris que le temps ne guérit pas tout. Qu’il est parfois vain d’espérer que les choses passent et que la vie va reprendre son cours. Mais plutôt que la vie est suffisamment forte, la plupart du temps, pour nous faire passer à travers et nous permettre de vivre, différemment certes, avec cette nouvelle épreuve en nous. Que la vie est incroyablement tenace et que l’être humain a des ressources véritablement insoupçonnées. Pour lui, dans les moments incroyablement difficiles, il ne se disait pas, honnêtement, je dois rester parce que j’ai deux autres grands enfants. Non, la seule chose à laquelle il se raccrochait, c’était la vie elle-même. La vie qui nous fait avancer jour après jour, sans véritablement savoir où l’on va. La vie dans sa plus simple expression. Et là, cela m’a parlé parce que c’est cette conclusion à laquelle je suis arrivée moi-même dans mes moments difficiles, en réalisant que finalement, la seule chose qui nous accompagne à chaque instant, c’est la vie. Tout le reste est incertain et extérieure à nous.

Finalement, Alice me raconte que la dernière chose qu’il lui a dit est que cet événement a changé sa vie. Dans le sens, qu’une fois pour toute, il a décidé de vivre sa vie comme il l’attendait, en faisant ce qu’il désirait le plus. Comme il n’avait que la vie comme compagne fidèle, il tenait à la vivre. Il a quitté son poste et travaille désormais dans le social dans la ville dans laquelle il vit. Il travaille dans le social parce qu’il aime ça, pas par souci d’obligation. Il doit cumuler plusieurs jobs pour boucler son budget, mais il est content.

Pour conclure, il dit à Alice en partant qu’il se demande si cette épreuve ne lui a pas permis de changer pour du mieux. Bien sûr, il ne veut pas à dire que cette épreuve a finalement été positive, un non-sens total, mais plutôt qu’en l’acceptant et en vivant avec, honnêtement et simplement, il a pu en tirer des points positifs pour la suite de sa vie.

Une chose qu’il a comprise est que la vie, aussi difficile soit-elle, mérite d’être vécue.

 

Simple, dur, beau.