Hier, j’ai parlé à Alice. Elle était d’humeur joyeuse et m’a raconté cette histoire.

Depuis quelques jours, elle croise par hasard un humoriste romand connu, si, ça existe. La première fois, ils se sont retrouvés nez-à-nez à la sortie de son immeuble. La deuxième fois en ville et la troisième fois, pratiquement devant chez elle. Si le fait de savoir qu’il habitait dans la même ville l’a surpris, elle a été frappée par quelque chose de plus amusant.

A chaque fois qu’elle l’a croisé, il avait l’air extrêmement sérieux, presque aigri et ne l’a pas saluée. La surprise de la première rencontre l’explique facilement. La deuxième fois, il l’a vue plus que regardé. Il avait toujours le même air. La troisième fois, elle en est presque certaine, il se souvenait d’elle. Les trois fois ce même air de « grand-père du Muppet-show ». Aux antipodes de ce qu’il essaie de transmettre lorsqu’il est en scène.

Attention me dit Alice, il ne s’agit pas là d’en conclure quelconque culpabilité d’hautaineté ou de dédain. Elle ne l’a vu que trois fois quelques secondes. Il s’agit plutôt de relever que parfois dans la vie, l’espace d’une seconde peut nous permettre de déduire un profil psychologique complet, de laisser son imagination partir dans des conclusions aussi précises que peu fiables.

Ce qui a fait sourir Alice, c’est que les trois fois il avait le même air. Elle aurait pu dès lors me raconter l’histoire de cet humoriste qu’elle rencontre SOUVENT et qui a TOUJOURS cet air dédaigneux en ne prenant même pas la peine de dire bonjour. Cela aurait été proche de ce qu’elle a vu mais elle n’aurait fondamentalement aucune idée de la réalité derrière tout ça. Elle a préféré sourir du concours de circonstance, du fait que pour un humoriste, il avait l’air bien sérieux les quelques secondes durant lesquelles ils se sont croisés, de prendre deux minutes pour s’imaginer les différents scénarios possibles et cinq pour me raconter cette histoire. Alice n’a pas cherché plus loin.

A la réflexion, je me suis dit que j’allais partager cette histoire et la garder en mémoire pour la prochaine fois où je croiserai quelqu’un qui fait une drôle de tête. Je me permettrai de sourire, sans réfléchir plus loin aux éventuelles conclusions à tirer.