Hier, j’ai parlé à Alice. Dans sa jupe estivale, ces yeux en amande et son sourire qui vous illumine une journée, Alice était d’humeur joyeuse. Moi, qui étais venu avec un gros rhume, j’étais content de passer un peu de temps avec face à un rayon lumineux.

 

Alice me raconta que durant la semaine, elle avait rencontré un ami venant des Etats-Unis.

 

Ils ne s’étaient pas vu depuis bien longtemps. Durant la conversation, il lui annonça qu’il s’était marié entre temps. Très surprise, Alice le questionna. Il avait toujours été un fervent partisan du célibat. Il pensait que le mariage était voué à l’échec, que tôt ou tard, l’histoire s’arrêtait ou se transformait en une situation d’équilibre peu propice à l’amour, du moins comme il l’imaginait. Alice lui demanda ce qui avait bien pu le faire changer d’avis. Qu’est-ce que cette femme avait de tellement bien pour qu’il décide de faire un pas aussi important, surtout lui? Et là, il l’a regarda droit dans les yeux avec un oeil vif, malicieux et lui dit en anglais:

 

When you like someone, you like her because…, when you love someone, you love her despite…

 

Tout fier de son effet, il ne rajouta rien. Il resta coi et immobile en fixant Alice. Alice dut réfléchir un peu avant de pouvoir reprendre le fil de la conversation. «When you like someone, you like her because…, when you love someone, you love her despise… »…

 

L’anecdote s’arrêta là aujourd’hui. Alice n’avait rien à ajouter.  

Cela faisait déjà quelques jours qu’Alice était encore en train de digérer l’information, le fond de cette affirmation. Nous décidâmes dès lors de boire notre café tranquillement, en silence, profitant de l’ombre bienvenu du grand chêne qui abritait la terrasse.

 

A y réfléchir, aimer quelqu’un n’est-ce pas tout d’abord d’être conscient de tout ce que nous estimons des défauts. De pouvoir consciemment s’imaginer tout ce qui ne nous correspond pas et d’imaginer si nous pouvons aimer l’autre malgré cela. C’est infiniment plus simple d’aimer quelqu’un pour ces bons côtés, pour ses qualités. C’est un feu d’artifice, un moment jubilatoire mais sans prendre conscience des facettes qui nous correspondent moins, en laissant au temps le soin de faire le tri. Bien évidemment, sans correspondance, en ayant que des différences, il s’agit plutôt d’un sacerdoce.

 

J’ai trouvé ce concept d’accepter et d’embrasser les défauts de l’autre, un signe révélateur très clair.  Nous avons encore marché un moment, en silence avant de nous dire au revoir et à la prochaine fois.

 

Quelle est votre réponse?